Vincent O’Sullivan

Anne Mounic (Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle)

présente l’œuvre du poète et sa traduction.
Né en 1937 à Auckland, Vincent O’Sullivan est l’un des écrivains néo-zélandais les plus renommés. Il est poète, nouvelliste, romancier et dramaturge, mais également universitaire. Ses travaux ont porté sur Oscar Wilde, sur des poètes et écrivains néo-zélandais, mais c’est à Katherine Mansfield qu’il aura consacré le plus de temps, avec la publication des lettres, des nouvelles et des poèmes. Il achève cette année la préparation du dernier volume de lettres de l’auteur de « Prélude » ou de « La Garden-Party », celles, tragiques, de la fin. Son intérêt s’est également porté sur une poète indienne, Kamala Das (née en 1934) ainsi que sur John Mulgan (1911–1945), écrivain néo-zélandais, auteur du roman Man Alone et combattant durant la seconde guerre mondiale, aux côtés notamment de la résistance grecque à l’occupant nazi.
En ce qui concerne son œuvre d’écrivain, Vincent O’Sullivan a commencé par publier des poèmes, son dernier recueil Nice Morning For It, Adam (2004) ayant reçu le prix Montana 2005. Ce n’est qu’en 1978 qu’il se mit à publier des nouvelles, puis des romans. Il aborde le théâtre en 1985 avec Shuriken. Plusieurs pièces suivront, et notamment Jones & Jones (1988), sur la relation entre Katherine Mansfield et Ida Baker. Le même auteur publie un essai en 2002, intitulé On Longing.
Dans le cadre des Belles Etrangères 2006, les éditions Joëlle Losfeld publient Les lumières du bout du monde (Believers to the Bright Coast) dans la traduction de Francis Kerline. Aux éditions de L’Inventaire paraissent trois nouvelles, En attendant Rongo, ainsi qu’un recueil de poèmes, Cette voûte de si pur respir. Traduction d’Anne Mounic. On pourra lire, dans le numéro 931–32 de la revue Europe (novembre–décembre 2006), Portes ouvertes et autres poèmes, traduits par Françoise Abrial, et Professionnelle, nouvelle traduite par Anne Mounic. Enfin, on trouve des poèmes de Vincent O’Sullivan, traduits par Anne Mounic, dans l’anthologie des Belles Etrangères, Douze écrivains néo-zélandais. Paris : Sabine Wespieser, 2006.

Anne Mounic, poète et universitaire, est l’auteur de romans (Ah ! Ce qui dans les choses fait Ah !, 2005), poèmes (Passages, 2005) et essais critiques (Psyché et le secret de Perséphone : Prose en métamorphose, Katherine Mansfield, Catherine Pozzi, Anna Kavan, Djuna Barnes, 2004. La poésie de Claude Vigée, 2005).

On retrouvera Vincent O’Sullivan, Katherine Mansfield et bien d’autres dans la revue Temporel (http://temporel.fr) animée par Claude Vigée, Michèle Duclos, Guy Braun et Anne Mounic.
University of London Institute in Paris
9–11, rue de Constantine, 75007 Paris
http://www.ulip.lon.ac.uk

Vincent O’Sullivan : En attendant Rongo / Waiting for Rongo, traduit par. Anne Mounic, ed. L’Inventaire, Paris 2006
Vincent O’Sullivan : Cette voûte de si pur respir, édition bilingue, traduit par Anne Mounic, ed. L’Inventaire, Paris 2006
Dans le cadre des Belles Etrangères pour 2006, Vincent O’Sullivan était l’un des douze écrivains néo-zélandais invités par la France à venir présenter et lire leurs oeuvres dans plusieurs grandes villes de notre pays. L’un des plus renommés d’entre eux, poète, nouvelliste, romancier et dramaturge, et également universitaire, présent à ces titres chez plusieurs éditeurs français et dans la revue Europe, O’Sullivan était invité à lire ses poèmes et des extraits de ses nouvelles par l’Institut Britannique de Paris, présenté par Anne Mounic qui est la traductrice de son recueil de nouvelles et d’un important volume de ses poèmes.

Abordant les nouvelles, on est au départ tenté d’évoquer celles de Katherine Mansfield dont O’ Sullivan a œuvré à faire connaître mieux l’œuvre ; ce d’autant plus que, tantôt à la troisième tantôt à la première personne, il cerne les pensées et l’affectivité de personnages ordinaires, sans éclat personnel ni social, en décalage plus ou moins bien assumé avec leur entourage. Mais l’analyse de O’Sullivan est délibérément plus contournée et souligne les complications, l’illogique de la psyché profonde même chez des personnages, femmes ou hommes, apparemment tout d’une pièce. Rongo, qui donne son titre à la première nouvelle qui à son tour donne son titre au recueil, est une divinité primitive maori à la statuaire fruste. En attendant Rongo pourrait être senti comme un rappel de la célèbre pièce de Beckett où des personnages fantoches errent physiquement et mentalement dans un monde sans Godot. Mais ici les personnages sont des individus réels insérés tant bien que mal dans la vie sociale – mieux en tout cas que dans leur vie intime. La première nouvelle révèle aussi les préjugés racistes qui vont empêcher deux femmes poursuivies chacune par la solitude, de se rejoindre autrement qu’après la mort de l’une d’elles.
La même pudeur dans l’évocation des sentiments se manifeste dans le recueil qui rassemble des poèmes issus de quatre volumes couvrant deux décennies. Mais à l’abondance lexicale des phrases et des compléments qui texturent la syntaxe de la prose s’opposent la langue et la pensée elliptiques des poèmes, pour dire une pensée enrobée dans des évocations de souvenirs personnels ou livresques traduits concrètement par des images empruntées au vécu des sens – la traductrice également présentatrice de l’œuvre insiste sur l’importance des mains et du toucher. Même si Valéry, Sartre, Picasso – et sans être plus que nommés ou suggérés sont invoqués ou convoqués Flaubert, Defoe, Wyatt…-, il semble que la vie est préférée à l’art :

« La littérature, comme le disait Sartre, est une étrange/ toupie, qui n’existe qu’en mouvement ;
La lecture la fait tourner , en fermant le livre/ on la fait disparaître (…)
On fait, on défait/ les classiques aussi facilement qu’on ouvre le frigidaire (…)
La minute plus vite tourbillonne./ qu’un ciel de Chagall » (« Théorie de la réception amoureuse » p. 33).

La mort, l’impermanence, la vanité de toute chose humaine semblent hanter le poète : ainsi du « Maestro » qui
« 3 fois par jour sous le casino / […] luit parmi les bêtes en cage, son territoire / de rayure et de muscle (…)
3×8, dimanche inclus, 168 occasions la semaine/ de jouer avec le feu et l’espérance de la jungle. » (« Maestro », p.35)

On retrouve le courant de conscience sans hiérarchie logique des nouvelles :
«Il ne fut jamais facile d’aimer Pablo (…)/ Pablo aimait les œufs/ au bain-Marie./Il aimait aussi les corridas. / Il m’aimait bien. » « Aimer Pablo » (p.79)

Les suites réelles( ?) de la belle épopée guerrière et amoureuse que fut l’homérique Guerre de Troie ne sont guère héroïques : ici l’art est plus fort que l’histoire si histoire il y eut, ce qui pose aussi la question du réel et de l’imaginaire :

« L’amour à Troie

Ménélas de retour dans l’oliveraie familiale.
Paris grattant les cendres en quête de remparts.
Hélène, selon certains, en Egypte, fin de carrière.
Le tout, grâce aux poètes. Et à son don des langues. » (p.29)

Un voile de mélancolie contenue imprègne l’atmosphère de ces poèmes-pensées par ailleurs enracinés dans la langue de la vie quotidienne ; avec des envolées d’un lyrisme discret envers la beauté : par exemple lorsque Mandelstam, pensant à travers les pierres de Notre-Dame, découvre « que la lumière de l’architecture s’élevant / du fond de l’ombre devait atteindre / la beauté : chaque souffle éleva d’un peu / la pierre, chaque souffle, qui / surpasse, même menu, l’homme / qui le produit, l’élève (…)» (« En parlant de la pierre », p.61).

Ne rien dire de la traduction signifie que la traductrice malgré les difficultés multiple d’une phrase très riche pour la prose, presque trop elliptique pour les poèmes, réussit à rendre son français transparent par rapport aux textes anglais. Les deux volumes, complétés par la traductrice d’introductions, et d’une postface pour les récits, proposent aussi un résumé précis et précieux de la bibliographie française de l’écrivain néo-zélandais. De forme agréable et de dimensions modestes, sur beau papier, ces livres ajoutent matériellement au plaisir de la lecture.

PS Dans le cadre des Belles Etrangères 2006, les éditions Joëlle Losfeld publient Les lumières du bout du monde (Believers to the Bright Coast) dans la traduction de Francis Kerline. Aux éditions de L’Inventaire paraissent trois nouvelles, En attendant Rongo, ainsi qu’un recueil de poèmes, Cette voûte de si pur respir. Traduction d’Anne Mounic. On pourra lire, dans le numéro 931–32 de la revue Europe (novembre–décembre 2006), Portes ouvertes et autres poèmes, traduits par Françoise Abrial, et Professionnelle, nouvelle traduite par Anne Mounic. Enfin, on trouve des poèmes de Vincent O’Sullivan, traduits par Anne Mounic, dans l’anthologie des Belles Etrangères, Douze écrivains néo-zélandais. Paris : Sabine Wespieser, 2006.
Recension de Michèle Duclos publiée dans Poésie/première n°37 mars/Juin 2007

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