Keith Barnes, Œuvre Poétique Collected Poems

Keith Barnes, Œuvre Poétique  Collected Poems, traduite de l’anglais par Jacqueline Starer, Ouverture de Maurice Nadeau,

éditions d’écarts, 5, rue de l’Arbalète 75005 Paris, 2003

Né en 1934 à Londres dans un milieu très modeste, Keith Barnes est l’incarnation du Poète (également musicien, peintre et romancier) que ses dons exceptionnels semblent avoir destiné à une disparition prématurée, d’une leucémie aigue en 1969. ; trop tôt pour que soit reconnue à sa valeur de son vivant sa puissance et son originalité, même si ses poèmes parurent dans de nombreuses revues, au gré de ses dérives nomadiques, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis puis après sa mort en France. Sur lui, Maurice Nadeau, qui publia en 1987 K.B. l’essai de sa compagne et désormais traductrice Jacqueline Starer, écrivait : K.B., c’est la voix d’une génération, celles des années 60, mal ressuyée des enfances de Guerre. C’est aussi celle qui redonne vie au mythe du poète-albatros. 

Publiés dans la très belle édition bilingue des éditions d’écarts en 2003, son Œuvre poétique Collected Poems résume sans s’y inféoder  le « nomadisme » de la génération « beat »:

It’s a freedom of nothingness

a laughter in a tin-can

Joyous   so few joyous times in life (…)

A cork on the waves

better than intense   than cool habitual

Giving-up is best

Leaving    so wider than arriving (pp36- 37)

C’est la liberté du néant

                        des rires joyeux dans une boîte de conserves

            Il y a si peu de bons moments dans la vie (…)

 

                        Fais le petit bouchon

            c’est mieux qu’intense    que cool    que la routine

            Laisse tomber c’est la meilleure solution

            Le départ    tellement plus vaste que l’arrivée

Et pourtant :

           I have received so much from both men and women  (p.38)

           J’ai tant reçu des hommes et des femmes  (p.38)

Les thèmes et l’écriture frappent par leur énergie – une écriture elliptique saccadée chargée d’une forte puissance consonantique. La profondeur recueillie des images rappelle celle des poètes métaphysiques et leur ironie intellectuelle celles de John Donne. Les poèmes d’amour refusent tout épanchement et épithètes élégiaques :

            I never thought I’d cry except it rains so lone (p.18)

           Je n’avais jamais pensé que je pouvais pleurer

           mais il pleut si fort et je me sens si seul .

Keith Barnes enfant avait vécu les bombardements de la capitale britannique et en avait conçu une haine contre la violence de notre civilisation comme de ses lâchetés :

           J’avais cinq ans      C’était un merveilleux jeu de risque

           un kaléidoscope de sirènes

           Des éléphants suspendus au-dessus de la Tamise

           apprivoisés   dociles   qui touchés    s’abattaient en flammes

           Un jeu de vitres soufflées sur mon oreiller

           de pierres propulsées à travers le plafond et le lit (…) (p.92)

            Nous qui sommes nés pendant l’Occupation

           savons collaborer   choisir Quisling   Pourquoi résister

           Nous avons fait place nette pour le bruit des voitures

           ravitaillé les supermarchés en musique d’aéroport (…) (p.89)

Le très grand mérite de la traduction de Jacqueline Starer est, sans l’alourdir ni l’affadir, de rendre plus abordable cette écriture syntaxiquement très dense.

On consultera avec profit le site  www.keith-barnes.com

Poésie/première n° 35 juillet/octobre 2006

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